Assemblée générale COLUPA
(Coalition luxembourgeoise pour la paix – Province de Luxembourg)
Libramont – 25.2.2026
Raymond Becker
Intervention pour QuattroPax, le réseau transfrontalier pour la paix
Chères amies, chers amis,
Merci pour l’invitation pour votre assemblée générale de la Coalition Luxembourgeoise pour la Paix (COLUPA), avec son rayon d’action notamment dans la province de Luxembourg en Wallonie.
Je vous adresse les salutations solidaires de notre association informelle QuattroPax, un groupe de coordination transfrontalier dans la province de Luxembourg, au GD de Luxembourg, dans le Grand Est français, en Sarre et en Rhénanie-Palatinat regroupant 13 associations.
Cette coopération n’est pas facile, mais nous souhaitons montrer notre engagement à travers des actions communes, telles que la veillée annuelle organisée le 10 décembre à Schengen à l’occasion de la Journée internationale des droits de l’homme ou notre participation à votre initiative « Tambours pour la paix ». De plus, un échange d’orateurs à lieu lors de divers événements comme les marches pour la paix ou bien des piquets de protestation à Büchel contre les armes nucléaires.
Je voudrais profiter aujourd’hui de cette réunion pour brosser un tableau actuel de la situation politique de sécurité véritablement catastrophique, mettre en évidence certains éléments d’un engagement social et dans le cadre d’une discussion aborder l’un ou l’autre point où des actions communes pourraient être planifiées. Formulons à partir d’une description d’une situation un plan d’action réaliste pour notre organisation transfrontalière.
« La guerre c’est la paix, la liberté c’est l’esclavage, l’ignorance c’est la force. »
Cette phrase est le slogan principal de l’État totalitaire de Big Brother dans le roman dystopique « 1984 » de George Orwell. Un roman qui reste pertinent et d’actualité en raison de sa description prophétique de la surveillance de masse, de la manipulation de l’information et de la suppression des libertés individuelles.
Mais « 1984 » reste aussi pertinent de nos jours, notamment à travers son thème de la guerre, car il montre comment les conflits peuvent être instrumentalisés par les régimes totalitaires pour manipuler la population, contrôler les esprits et justifier un pouvoir oppressif. Faudra mentionner le récent film du cinéaste haïtien Raoul Peck qui signe un documentaire qui croise les derniers écrits de George Orwell et les images de notre époque pour interroger la persistance des mécanismes décrits dans 1984. « 2+2=5 » un documentaire aussi courageux que terrifiant, ce film sort dès à présent en salles.
L’actualité mondiale peut donner l’impression décourageante que nous sommes dans une sorte de guerre éternelle : de nouveaux foyers de conflits cruels apparaissent sans cesse.
L’Ukraine, Gaza et la Cisjordanie, le Proche-Orient, le Soudan, l’Iran, Haïti, Myanmar, la région du Sahel etc. Il s’ensuit une frénésie d’armement effroyable, une menace nucléaire à ne pas négliger, des tensions géopolitiques massives dominent l’actualité. À cela s’ajoute un climat belliciste dans de nombreux endroits, qui rend extrêmement difficile toute discussion raisonnable sur la guerre et la paix, détruit la culture du débat par une vision purement manichéenne et occulte les solutions diplomatiques possibles. Je veux préciser que la diplomatie n’est pas la recherche de la vérité. La diplomatie implique la communication, la négociation et la médiation entre les parties en conflit afin de trouver une solution pacifique. La diplomatie cherche à trouver des solutions mutuellement acceptables et à prévenir l’escalade des tensions.
Cette spirale guerrière qui s’accélère est renforcée par le fait que le droit international est bafoué, que de nombreux pays se détournent du multilatéralisme au profit d’un nationalisme grossier, que les tendances et les partis d’extrême droite et racistes connaissent une montée en puissance fulgurante, que le rejet ouvert et la rupture, voire le mépris de la démocratie, la discrimination dans notre société, la haine, l’incitation à la haine et la division sont pour ainsi dire à l’ordre du jour, que les minorités sont déclarées cibles, que les antifascistes sont sans vergogne assimilés à des terroristes, que les droits des femmes et les droits des minorités sont massivement bafoués et menacés dans le monde entier.
Le monde politique est devenu fou. J’ai de plus en plus l’impression que le discours politique actuel donne la priorité aux questions du passé, tandis que les questions d’avenir telles que la catastrophe climatique, la justice sociale, des pandémies, l’extinction des espèces, des bouleversements économiques mondiaux, des changements induits par les technologies numériques et la géopolitique en pleine mutation – ne suscitent pas nécessairement d’intérêt pour trouver des solutions équitables et figurent rarement parmi les priorités politiques. Les sociétés libérales ne garantissent plus un progrès global.
Sous l’effet de la violence et du désordre croissants dans le monde, des guerres incessantes et de l’aggravation de la crise climatique, beaucoup ont presque perdu tout espoir d’un monde pacifique. Les forces destructrices et le retour à une mentalité violente de formation de blocs internationaux et de guerre semblent trop forts : Citons Jürgen Habermas philosophe et sociologue allemand « La conscience des élites politiques occidentales est de plus en plus accaparée par la logique de la guerre. »
Il y a un an, le « Bulletin of the Atomic Scientists » lors de la fixation de son horloge d’apocalypse a 95 secondes avant minuit, a averti, que le monde était dangereusement proche d’une catastrophe mondiale et que tout retard dans le renversement de la tendance augmentait la probabilité d’une catastrophe. Plutôt que de tenir compte de cet avertissement, la Russie, la Chine, les États-Unis et d’autres grands pays sont devenus de plus en plus agressifs, hostiles et nationalistes. Les accords mondiaux obtenus de haute lutte s’effondrent, accélérant une compétition entre grandes puissances où le gagnant rafle tout et sapant la coopération internationale essentielle pour réduire les risques de guerre nucléaire, de changement climatique, d’utilisation abusive des biotechnologies, de menace potentielle de l’intelligence artificielle et d’autres dangers apocalyptiques. Beaucoup trop de dirigeants sont devenus complaisants et indifférents, adoptant dans de nombreux cas une rhétorique et des politiques qui accélèrent plutôt qu’atténuent ces risques existentiels. En raison de cet échec du leadership, le Conseil scientifique et de sécurité du Bulletin of the Atomic Scientists fixe aujourd’hui l’horloge de l’apocalypse à 85 secondes avant minuit, soit le niveau le plus proche jamais atteint de la catastrophe pour ces experts.
En ces temps extrêmement incertains, quelles voix pour la paix, quelles initiatives seraient nécessaires et auraient une importance à l’heure actuelle ?
Pour moi, il s’agit d’une part des Nations Unies à cause du multilatéralisme et de la diplomatie, d’autre part de la société civile, au sein de laquelle les mouvements pour la paix doivent se doter d’idées plus actuelles et sortir de leur position défensive.
Comment créer un nouvel espoir pour un monde plus pacifique ? Quelles stratégies et actions sont nécessaires pour que la voix de la paix ne se perde pas dans la société civile ?
Je voudrais terminer avec 5 pistes que notre initiative QuattroPax devrait explorer :
- Le mouvement pacifiste ne doit pas s’essouffler. Il doit s’impliquer activement dans les débats autour de l’armement hystérique et du quota de 5 % des dépenses militaires. Il doit remettre en question les raisons pour lesquelles des milliards sont consacrés à l’armement, sans analyse approfondie des besoins réels.
- Engagement cohérent en faveur du désarmement nucléaire. Les traités de désarmement nucléaire ont été rompus. Il y a quelques semaines le traité NEW-START, dernier traité nucléaire entre les États-Unis et la Russie, a expiré. Les dernières limites à l’expansion des deux plus grands arsenaux nucléaires mondiaux ont disparu. Il doit défendre de manière cohérente le désarmement nucléaire. Les nouveaux programmes, la rhétorique agressive et les déploiements armes nucléaires modernisées augmentent le risque d’un conflit nucléaire en Europe.
- La guerre en Ukraine a besoin d’une perspective politique. À quoi doit ressembler la paix ? Y a-t-il un avenir dans lequel la souveraineté ukrainienne et les intérêts russes sont compatibles ? Au lieu de solutions concrètes, c’est un manque de perspectives qui domine, accompagné de phrases creuses qui ne font que prolonger la guerre. Les négociations doivent créer une nouvelle architecture de sécurité européenne. C’est le défi central des récentes initiatives diplomatiques et propositions de paix.
- L’Union européenne doit de toute urgence retrouver son rôle géopolitique en faveur de la paix. Sur la base de ses valeurs fondamentales : dignité humaine, liberté, démocratie, égalité, État de droit et respect des droits de l’homme.
- La sécurité doit être repensée. La primauté du militaire dans la politique étrangère et de sécurité n’est pas tenable. Une approche purement militaire n’apporte aucune solution dans notre société. Il faut une politique de sécurité plus civile : une politique climatique cohérente, une politique sociale équitable, une politique qui s’engage en faveur d’une sécurité énergétique durable et renouvelable, une politique étrangère féministe, un engagement en faveur de la liberté d’expression, des droits humains et civils, une coopération plus juste et plus solidaire, une économie et un mode de vie équitables, un engagement sans faille pour la démocratie – tous ces éléments sont essentiels à la paix.
Merci pour votre attention.